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Test comparatif Nikkor AF-D 85/1.8

contre Leica R-Elmarit 90/2.8

Salut les Nikonistes !

 

Grâce au site espagnol www.leitax.com, on peut transformer les objectifs Carl Zeiss (monture Contax MM) et Leica R pour les adapter sur Nikon grâce à une baionnette faite sur mesure. J’avais déjà expérimenté avec bonheur celles diffusées en monture K pour Pentax et j’ai réalisé dans la foulée un certain nombre de tests optiques sur des boitiers Pentax avec les Carl Zeiss Planar 50/1.7, Carl Zeiss Vario-sonnar 28-70 ou encore le Leica Elmarit-R 90/2.8 testé ici. : on y trouvera des illustrations avec les caractéristiques techniques de ce beau télé ouest-allemand.

 

Pour le D700, j’ai retransformé ce Leica 90 en monture Nikon et je le teste ici face au fameux AF-D 85/1.8 dont la réputation n’est plus à faire : cet objectif dédié portrait est l’un des meilleurs rapports qualité/prix du marché puisqu’il ne coûte en neuf que 300€ via l’import.

 

Le présent test d’usager amateur, sans aucune valeur scientifique puisqu’il n’est pas fait sur banc optique dans les conditions d’un labo, permettra de juger des points forts ou faibles de chacun de ces deux objos à travers des scènes quotidiennes et parlantes.

Le Nikkor 85 est un objectif construit en métal et équipé d’un joli paresoleil lui aussi métallique : tout ça respire la santé. La bague de mise au point est fluide, un peu trop puisqu’on ressent le bruit d’un mécanisme de roulement à billes quand on l’actionne. On est assez loin de la progressivité exemplaire du Leica 90.

Sur D700 l’AF n’est pas très rapide, beaucoup moins en tout cas qu’avec l’AF-D 35/2.

Il y a un temps d’inertie assez long entre l’appui sur le déclencheur et la mise en action du moteur AF. C’est systématique et assez présent pour que je le souligne ici. Cela doit venir du poids conséquent du bloc optique à déplacer... Par contre l’AF est précis et c’est capital à f1.8 où la profondeur de champ est très faible. Malgré un design vieillot, avec une sérigraphie blanche assez fragile, qui a beaucoup tendance à s’effacer à la longue sur les objectifs qui ont bien bourlingué, mon bilan personnel concernant son utilisation au quotidien est très positive, je le place en haut de mon palmarès d’objectif toutes marques confondues (et il y en a eu !).

En terme de vignetage, ce premier test a été très avantageux pour le Nikkor qui a bénéficié de la correction auto du vignetage du D700 (avec les objectifs G et D, cf. notice p. 276). Sur cette base, le format Fx demande un petit diaph au Leica pour être homogène (sans avoir pu bénéficier de la correction auto réservée aux objectifs D et G, je le rappelle !) tandis que le Nikkor en demande 2 gros.  Voici ci-dessous un autre petit test rapide sur l’efficacité de cette fonction de correction auto du vignetage sur OFF et sur ON avec l’AF-D 85.

La photo suivante montre la légère surexposition du Nikkor 85 : les contrastes sont moins denses qu’avec le Leica. On notera la présence inévitable d’aberrations chromatiques dans les fortes transitions de lumière et le piqué de haut vol du Nikkor à f2.8.

Le test ci-contre à gauche vise à observer les aberrations chromatiques sous formes de franges bleu, vertes ou violettes qui sont souvent présentes sur capteur numérique. J’ai choisi 3 détails encadrés en rouge qui sont ensuite reproduits en taille réelle dans le montage plus bas.

 

Le Leica est plus performant que le Nikkor où même en fermant le diaph, le phénomène reste visible à f4.

La scène suivante réalisée à f2.8 montre que le micro-contraste se perd un peu avec le Nikkor bien que la vitesse d’exposition ait été la même pour les deux. Le premier détail montre une zone de netteté comparable, le second détail montre un micro-contraste beaucoup plus fort chez Leica avec moins d’aberrations. Sur le troisième détail, on note le velouté du rendu dans les applats de couleurs unies et enfin le dernier détail de l’angle haut droit montre le contraste plus fort du Leica.

 

Une deuxième scène plus bas, paysage réalisé à main levée à f5.6, montre qu’en diaphragmant un peu, le Nikkor, malgré une légère surexposition, retrouve un bon contraste assez comparable au Leica.

Micro-contraste

à f2.8

Test de résolution sur le terrain

Pour ce comparatif sur la résolution, j’ai préféré me mettre dans les conditions réelles de prise de vue : af central pour le Nikkor et confirmation af pour la mise au point manuelle du Leica, le tout à main levée.

 

Je reproduis ci-dessous le montage des détails visualisés à 100% sans retouche à tous les diaphs usuels, de f2.8 à f8. Les deux détails centraux permettront de juger de la résolution obtenue à main levée et les deux détails latéraux de l’homogénéité des objectifs.

 

Le bilan est nettement en faveur du Nikkor : l’AF fait mouche du premier coup et ce n’est qu’à f5-6/8 que le Leica retrouve le croustillant du Nikkor ! Son vignetage à f2.8 noie aussi un peu les bords du champ.

Test en portrait

Il est assez difficile de reproduire les mêmes conditions de prise de vue en situation de portrait à moins d’avoir un modèle patient et immobile, mais ça me fut impossible avec des enfants si vifs ! J’ai juste réussi à shooter coup sur coup avec les deux objectifs le portrait ci-dessous à f4 en ayant des mises au point assez proches l’une de l’autre, l’AF avec le Nikkor 85 ayant été fait légèrement plus en avant qu’avec le Leica. On arrivera sur les détails à 100% à distinguer quelques différences essentiellement dans les couleurs plus profondes pour le Leica. Le bokeh est très ressemblant entre les deux objos à f4 ainsi que le piqué. Les 5mm de différence dans le tirage optique sont plus agréables sur D700 avec le 90 mm bien que cette différence reste très marginale au quotidien.

Test du rendu des couleurs

Cette avant-dernière scène comparative du test me semble très importante car elle montre une différence bien visible dans le rendu des couleurs. À F5.6, qui est le meilleur diaph pour les deux objectifs, on notera le superbe effet 3D que procure le Leica. J’avais déjà observé ce phénomène sur diapo avec les objectifs Carl Zeiss de l’ère argentique. La légère surexposition du Nikkor peut expliquer cette différence.

Petit bilan personnel

Le Leica 90/2.8 est vraiment un objectif à recommander au nikoniste patient, expert, amoureux des belles images. Il nécessite un travail plus exigeant pour la mise au point et le calcul de l’expo puisqu’il faut encore diaphragmer à l’ancienne. En contre-partie, il donne des images bien piquées dès f4, avec des couleurs profondes et un très fort contraste qui raviront le photographe équipé en matériel de visionnage et d’impression bien étalonné. Sa finition procure également une sensation luxueuse par rapport aux constructions actuelles, tant du point de vue de la solidité que du confort d’utilisation (paresoleil téléscopique très profond une fois ouvert et très discret une fois refermé, fluidité/fermeté des bagues, capuchon à rabat très protecteur). On le trouvera d’occasion dans les 200/250€ et la bague Leitax Nikon coute environ 90€ en Espagne (on trouve des copies chinoises à 30€ sur Ebay).

 

Face à lui le Nikkor 85/1.8 fait figure de Formule 1 : l’AF précis est un régal avec les 51 collimateurs du D700. La gestion du diaph à la molette est aussi très confortable en usage intensif. Son piqué dès f2.8 est explosif, peut-être même un peu trop en séance portrait et l’emploi d’un filtre adoucissant de bonne qualité sera un achat judicieux pour gommer les irrégularités de peau de certains visages... Son ouverture extrême de f1.8 procurera de magnifiques bokeh et en cela il est irremplaçable pour les petits budgets qui ne peuvent pas investir dans le Nikkor 85/1.4. En terme de finition, ce 85/1.8 reste somme toute un objectif assez banal et peu excitant si j’ose m’exprimer ainsi !

 

Je pense qu’à terme, avec de la chance, je m’orienterai vers un Leica Summicron 90/2 qui me redonnera les belles couleurs de l’Elmarit 90 (revendu à un ami Pentaxiste) tout en m’apportant la beauté du Bokeh du Nikkor à f2. Et tant pis pour la perte de l’AF ! Les images réussies ne m’en donneront que plus de joie !

 

 

Merci pour votre visite et au plaisir de vous retrouver pour un prochain test à venir du Leica R-Summilux 50/1.4 sur D700 ! Suivez le site ! ;)

Lazare Caspi - www.monuniverspentax.com - déc 2009

Test Vignetage

(Correction auto activée pour l’AF-D Nikkor 85)

 

Ce premier test de vignetage, réalisé sous ciel couvert face à des tôles blanches de supermarché, montre premièrement que le D700 surexpose systématiquement de 0.3 à 0.5 IL avec le Nikkor : je pense que la cellule matricielle 3D joue à fond pour déboucher les ombres.

 

Au vu des résultats sur l’ensemble de mes essais photos, j’en ai conclu que l’exposition sous éclairage extérieur sera meilleure en sous-exposant systématiquement de -0.5 IL.

 

En intérieur cette correction est inutile. Avec le Leica 90, l’exposition se calcule en stop down, c’est-à-dire à valeur d’ouverture réelle : le viseur s’assombrit en diaphragmant puisqu’il n’y a pas de came TTL pour garder la visée lumineuse comme avec les objectifs AI ou Ai-s). Le résultat a  toujours été excellent avec un histogramme bien calé au centre.

Test de Bokeh (fond flou)

A f2.8, le Leica offre un bokeh un peu plus crémeux que le Nikkor. Son fort contraste crée un étagement des plans plus harmonieux. Le Nikkor brille par son piqué qui met en valeur les plus fins détails. Avec une petite sous-exposition de -0.3 IL, il arriverait sans doute à recréer la profondeur des couleurs du Leica.

A f1.8, le dernier comparatif ci-dessous permet de sentir tout le flouté supplémentaire qu’apporte le diaph de plus du Nikkor. La mise au point n’a pas été calée au même endroit mais on appréciera surtout le moelleux des dégradés qu’offre le Nikkor.