Test Comparatif Leica Summilux-R 50/1.4 contre Nikkor AF-D 50/1.8

Salut les Nikonistes !

 

Pour ce test du début 2010, j’ai eu envie de comparer le célèbre petit Nikkor AF-D 50mm f1.8 contre une référence en matière d’objectif standard : le Leica Summilux-R 50mm f1.4 (avant dernière version des années 1985). Le premier se négocie sur une base de 100€ en occasion récente tandis que le second va chercher les 350/400€, à quoi il faut rajouter une monture Leitax/Nikon qui vaut environ 90€ pour le modèle original, environ 30€ pour une copie chinoise de moindre qualité.

La différence de prestige entre ces deux objectifs est-elle si flagrante en terme de rendu des couleurs, de piqué, de bokeh et l’écart de tarif est-il justifié (selon vos propres critères, bien entendu) ? J’espère qu’en fin de lecture, ce test vous permettra de répondre à ces questions.

Considérations
techniques

Au niveau de la prise en main, il est clair que la différence de tarif se comprend tout de suite. Les 200 gr de plastique du Nikkor ne peuvent rivaliser avec les 600 gr de métal du Leica, équipé en outre d’un paresoleil téléscopique vraiment agréable en extérieur. La progressivité tout à la fois fluide et ferme de la bague des distances du Summilux est aussi un plaisir à manier, tandis que celle un peu lache du Nikkor ne sera pas trop pénible avec une utilisation essentiellement autofocus.

Sur un D700, le Nikkor offrira une compatibilité complète : contrôle de l’ouverture à la molette, mode PSAM, mesure 3D color, i-TTL au flash, correction du vignetage automatique et AF sur 51 collimateurs !

Il va sans dire que le photographe débutant (ou paresseux !) aura tout intérêt à l’utiliser en priorité. Sur D700, le Leica en revanche demandera une plus grande maîtrise à l’opérateur : les modes A et M restent disponibles, ainsi que les mesures Centrale pondérée et Spot, le i-TTL au flash fonctionnera aussi, mais le contrôle des ouvertures se fera manuellement, ainsi que la mise au point assistée par l’un des collimateurs du D700 que l’on aura choisi. Avec la monture Leitax/Nikon, on travaille en « stop down » : c’est-à-dire à ouverture réelle de diaph puisqu’il n’y a pas de came entre le boitier et l’objectif. On doit donc faire la mise au point avec une ouverture comprise entre f1.4 et f4 pour avoir un viseur lumineux, puis on ferme le diaph à la valeur choisie, la visée s’obscurcit comme avec un testeur de profondeur de champ et la cellule donne la bonne mesure, puis on déclenche. Il faudra rouvrir le diaph pour refaire une autre mise au point avec une visée lumineuse... C’est sans doute bien laborieux à décrire mais pour une séance de portrait posé ou de paysage, ça va. C’est même plutôt agréable de voir la profondeur de champ réelle sans passer par le testeur.

Le Summilux 50 testé ici est la deuxième version avec paresoleil intégré. La coupe ci-contre à gauche montre que c’est une formule de 7 lentilles en 6 groupes, dont le piqué est parait-il un peu moins bon que le dernier Summilux-R 50/1.4 sorti dans les années 1995 avec 8 éléments en 7 groupes.

 

On trouvera sur ce blog de bonnes infos en anglais sur le système Leica R, et ici, on trouvera les années de fabrication en fonction des numéros de série.

 

Dans mon expérience Leica, je n’ai jamais rencontré de « loup », c’est-à-dire d’objectif de mauvaise qualité. Sauf défaut toujours possible après une chute ou un démontage mal maîtrisé, les performances optiques de tous les Leica sont vraiment époustouflantes, surtout dans les longues focales. Je publierai en février un test du Leica Elmar-R 180/4 dont le piqué est vraiment d’un croustillant peu commun.

En attendant, passons au comparatif de ces 2 50mm, d’abord sur mire puis sur le terrain, en situation de paysage et de portrait.

Test de résolution sur mire

La mire est un exercice somme toute très superficiel pour juger un objectif mais il faut bien commencer par elle pour extraire ce qu’il a « dans les tripes ». L’utilisateur averti qui vient d’acheter un objectif aurait tout intérêt à tester son exemplaire selon cette « procédure amateur » mais suffisante pour déjouer les plus gros défauts optiques.

 

Sur une planche d’aggloméré (assez épaisse pour éviter qu’elle ne gondole) large de 1.6m, bien perpendiculaire au sol, on colle des tirages A4 haute définition de mires N&B, ici avec une imprimante laser. On place le centre de l’objectif au centre de la mire en respectant une distance d’environ 50 fois la focale de l’objectif (ici environ 2m pour des 50mm). On veille à éclairer les mires avec un éclairage uniforme à 45° pour éviter les reflets et on scrute ensuite les détails sur son écran d’ordinateur pour comparer l’homogénéité du champ.

Pour un premier bilan sur la résolution comparée, le Leica est un cran au-dessus du Nikkor en terme d’homogénéité bord/centre. Il possède aussi une formule optique qui lui donne une profondeur de champ plus importante que le Nikkor et cela est un gros avantage à ce niveau. On verra sur les vues de terrain que cette profondeur de champ lui procure un piqué plus percutant sur tout le champ avant f5.6. On peut quand même relever le superbe piqué central du Nikkor dès la pleine ouverture, qui est un avantage en portrait pour qui aime privilégier les grandes ouvertures à la recherche du bokeh (qualité des fonds flous). Il faut aussi noter qu’en usage classique, on aura rarement besoin d’un piqué de haut niveau dans les angles du champ. Le Leica prouve ici sa supériorité optique mais dans la vraie vie, le Nikkor dès f2.8 en « donnera pour son argent » !

Test de résolution sur le terrain

Replaçons les objectifs dans du vécu, face à une façade sans autre intérêt que celui de nous donner des repères quotidiens pour comparer la définition sur tout le champ.

 

La porte se situe à environ 6 m du D700, sur trépied avec retardateur 5s.

 

Les 3 détails sélectionnés sont censés rendre compte de la qualité optique sur la moitié du champ, un peu au centre, un peu en bas, un peu en haut, bref, sans pousser les objectifs dans leur retranchement comme cela a été le cas avec la mire.

 

Je me suis limité à rendre compte des 3 diaphs les plus pertinents : pleine ouverture pour celui qui manque de lumière; f2.8 pour celui qui veut garder une vitesse élevée et f8 pour celui qui veut du piqué grâce à une bonne lumière ambiante.

Encore une fois, sans démériter, le Nikkor est un petit peu plus faible que le Leica en terme de « croustillant » et de contraste. Mais comme il utilise l’AF de course du D700, il procure des images nettes plus faciles à obtenir aux grandes ouvertures. Avec le Leica à f1.4, il faut se lever tôt ou utiliser la loupe du Liveview qui donne d’excellents résultats quand on a le temps. J’ai aussi noté que l’AF-D surexpose d’environ 1/3 à ½ IL par rapport au Leica, constat que j’avais déjà fait en comparant le Nikkor AF-D 85/1.8  au Leica Elmarit 90/2.8. Je pense que la mesure 3D du D700 joue à fond grâce aux indications de distance fournies par la puce de l’objectif, ce qui n’est bien évidemment pas le cas avec les objectifs manuels. Cette surexposition légère mange un peu le micro-contraste du Nikkor dans ce comparatif...

Comparaisons en paysage

Commençons par la pleine ouverture, f1.4 pour le Summilux et f1.8 pour le Nikkor, face à cette verrue digne du nez de Rastapopoulos... L’arbre est à environ 2.5/3m de l’appareil et les vues ont été réalisées sur trépied avec le retardateur 5s. A cette distance, la mise au point n’est pas très facile à faire pour le Summilux et j’ai donc suivi la confirmation du point AF du D700.

Les détails encadrés en rouge sont reproduits à 100% dans le montage plus bas et permettent de constater la bonne santé optique du Nikkor dès la pleine ouverture. Le rendu du Leica a aussi été un peu plus chaud (jaune) sur cette image, mais ce n’est pas une constante du test. Parfois c’était le Nikkor qui donnait des images plus chaudes. Ca semble donc dépendre parfois de la balance auto du D700.

Hormis un bokeh un poil plus diffus pour le Summilux, il serait bien délicat de tirer une conclusion sur sa supériorité face au Nikkor... J’aime bien l’effet de spot lumineux plus prononcé créé par le vignetage assez fort du Summilux mais le croustillant du Nikkor est aussi très appréciable sur cette vue...

 

Continuons avec l’ouverture réglée sur f2.8 avec cette pancarte en forêt qui permettra de juger à la fois du piqué et des effets de flou.  Les vues ont été réalisées à main levée en recherchant le net au niveau de l’angle en haut à droite de la pancarte.

 

On pourra juger dans le montage des détails reproduits à 100% ci-dessous que le Summilux possède un piqué plus homogène dans la zone de net et un bokeh plus crémeux dans les zones de flou. C’est le fameux effet 3D qui séduit tant les aficionados de la marque. Pour cette vue, j’ai calé l’expo du Nikkor sur celle du Summilux afin de disposer du même rendu et pouvoir juger de leur micro-contraste sans être embêté par les différences d’exposition. On verra que le rendu des couleurs est très proche entre les deux objectifs sur une vue de canoës plus bas, mais on peut déjà sentir ici que le Summilux donne des couleurs parfois plus lumineuses que celles du Nikkor à ouverture et vitesse égales.

Sur cette autre scène éclairée par un ciel nuageux, la différence de rendu dans les couleurs est quasiment inexistante. Seul le piqué plus homogène sur tout le champ à f5.6 rend les couleurs du Summilux un tout petit peu plus lumineuses.

 

Ce comparatif montre l’excellente santé optique du Nikkor ! Seul le premier plan des brindilles manque un peu de netteté, mais même le plus exigeant des paysagistes n’ira pas chercher sa belle-mère par ici, même sur une reproduction poster de 50x70 cm !

Pour compléter le test comparatif à f2.8, je propose cette façade d’immeuble qui est intéressante à observer. Le rendu du Nikkor s’est montré très froid (bleuté) sachant que dans la réalité, le rendu plus chaud du Leica correspondait davantage à mon souvenir de cette lumière d’hiver.

 

La vue a été réalisée à main levée et avec le Nikkor la mise au point autofocus sur le balcon central a été calée légèrement plus bas qu’avec le Leica. Il en résulte une meilleure définition en hauteur pour le Summilux tandis que le Nikkor montre une excellente définition au centre de l’immeuble. Cependant, on verra que la fenêtre du bas semble un peu mieux définie pour le Summilux... C’est donc un constat étrange que je ne peux expliquer que par une meilleure homogénéité du Summilux à f2.8.

Comparaisons en portrait

S’équiper d’un 50mm très lumineux suppose avoir envie de l’utiliser en portrait à grande ouverture. De f1.4 à f2.8, selon la distance focale de l’objectif et selon la distance de mise au point (la plus proche possible), l’effet de bokeh crée un rendu unique que notre cerveau n’est pas capable de réaliser tout seul. L’effet d’étagement des zones nettes avec les zones floues engendre un effet de relief qui met en valeur les visages.

 

« La fille » se situe à environ 1.6m de l’objectif et le fond est à environ 12m derrière.

Je montre ci-dessous le rendu pour la pleine ouverture et pour le second portrait en intérieur, on sera à f2.8.

La différence de rendu devient plus parlante à présent : les goutelettes de lumière floues sont plus tendres, plus molles avec le Summilux et la scène devient plus vaporeuse dans les lointains tout en gardant une définition de bon aloi sur le visage. Le Nikkor est plus incisif, comme une plaque de beurre qui sortirait tout juste du frigo ! Il ne démérite pas, loin de là, mais personnellement, le Leica me parait plus original, plus créatif dans ses possibilités intrinsèques.

Pour ce dernier test de portrait en intérieur, il m’a semblé plus réaliste de choisir un fond plus prégnant comme c’est souvent le cas dans les réunions de famille. « La fille » se situe donc à environ 1.6m et le meuble du fond est à environ 2.5m derrière. Pour garder l’éclairage naturel et ne pas monter en iso, j’ai utilisé le trépied au 1/6e (et le retardateur) après une mise au point à la loupe du Liveview sur l’oeil de gauche.

 

Même à diaph égal, le Summilux garde un bokeh un peu plus crémeux et son exposition légèrement plus basse donne des effets contrastés plus prononcés que le Nikkor. Mais ces différences sont vraiment minimes et il sera bien difficile de savoir quel objectif a fait telle ou telle photo... C’est donc un satisfecit complet pour le Nikkor à 100€, sans doute l’un des meilleur rapport qualité prix du marché nikoniste...

Un mot de conclusion

Je n’ai rien dit des aberrations chromatiques tout simplement parce que je n’ai jamais été gêné par elles tout au long des images de ce test... Rien d’alarmant à signaler donc, mais je ne suis pas allé les chercher non plus ! Le D700 les corrige automatiquement (tant que faire se peut) avec tous les objectifs utilisés via son processeur Expeed en sortie de signal. Peut-être qu’on en rencontrera parfois ici ou là, sur des contre-jours de lampadaires noctures, des reflets métalliques en plein soleil, mais dans ces conditions, je ne connais pas de système optique sur numérique qui les déjoue.

Au niveau de la distorsion, le Nikkor est mieux corrigé que le Summilux qui tourne sur du -0.5% en barillet, parfois visible sur les lignes droites, mais vraiment rien de bien difficile à corriger par logiciel en cas de besoin précis.

 

Alors, lequel choisir ? Le nikoniste se demandera quel peut être l’intérêt de dépenser autant dans un Summilux... Sur le plan des performances optiques, le Nikkor fait tout très bien et satisfera largement son propriétaire. A partir de f5.6, ses images sont comparables en tous points au Summilux ! Compact et léger, précis en AF, pas cher à l’achat, il cumule les avantages.

 

 

Le Summilux concernerait davantage l’expert pointilleux qui « chiade » ses images. Aux grandes ouvertures, il est supérieur au Nikkor. Son rendu 3D est plus créatif grâce à un bokeh crémeux renforcé par une définition élevée. Son piqué dès f4 est vraiment croustillant. Son maniement à l’ancienne obligera à construire ses images (expo, mise au point) plus patiemment. N’oublions pas également le goût du bel objet, lourd, ciselé, onctueux et accessoirement la frime de lancer à la cantonnade « Je shoote en Leica ! ». Tout cela se paie !

Personnellement, équipé pour l’heure avec ce Summilux 50, un Elmarit 90 et un Elmar 180, je sais que je ramènerai de mes balades des images piquées, contrastées, avec parfois des effets 3D très présents selon l’éclairage rencontré, et c’est à chaque visionnage sur l’écran une découverte riche en émotion. Cela dit j’ai gardé en complément des AF-D 50/1.8 et 85/1.8  pour les moments où prime la rapidité d’action, genre fête de l’école ou première compétition des petits sur le tatamis... Comme je le dis souvent, « shooter en Leica » sur D700, c’est comme sortir en Traction-Avant le dimanche en balade... Mais pour aller au boulot, rien ne vaut une petite Clio au gas-oil ! ;)

 

En vous remerciant pour votre visite, je vous laisse avec quelques images faites aux 50mm, de celles que j’ai pu sauvées d’un malicieux crash de disque dur qui m’en a fait perdre plus d’une, ha ! Quelle tristesse... Vivement le retour à l’argentique !

Test vignetage

Les deux objectifs ont un comportement très proche au niveau du vignetage : fort et visible à pleine ouverture, il disparait en pratique dès f2.8. Le Nikkor AF-D possède par contre un avantage non négligeable sur D700 car il autorise la correction automatique du vignetage que propose le boitier dans ses options. La fonction est très efficace et fait disparaitre le vignetage quasiment dès f2 sur tout le champ. Personnellement, je considère le vignetage comme un atout en séance de portrait car l’assombrissement des angles crée un effet de spot lumineux qui renforce le bokeh. J’ai même tendance à en rajouter en post-traitement ! Mais je reconnais que ce défaut doit être savamment (re)connu pour le maîtriser au besoin selon ses objectifs.

© Lazare.Caspi - www.monuniverspentax.com - Janv 2010

Summilux 50 @ f2

Summilux 50 @ f2

Summilux 50 @ f4

Nikkor AF-D 50 @ f2.8

Nikkor AF-D 50 @ f4.5

Nikkor AF-D 50 @ f2.8

Nikkor AF-D 50 @ f1.8

Nikkor AF-D 50 @ f3.2

Nikkor AF-D 50 @ f3.5

Cette scène du voilier à l’hivernage, réalisée sur trépied à f4, montre la surexposition récurrente du Nikkor ou, vu dans l’autre sens, la sous-exposition systématique du Summilux avec la cellule pondérée centrale du D700. Il me semble que l’expo donnée par le Leica est meilleure : la coque du voilier n’est pas brûlée, les feuillages sont plus denses en contraste, l’image parait plus « percutante » dans le rendu global. Le piqué du Summilux est aussi un peu plus fort, tous ces détails le rendent (légèrement) supérieur au Nikkor.

Pour terminer les comparaison en paysage, je propose une dernière scène à f8 qui est somme toute le meilleur diaph de travail pour chacun de ces objectifs. On constatera que leur comportement est encore une fois quasiment identique, à l’exception peut-être des couleurs qui seraient un peu plus chaudes chez Leica au niveau de la température des couleurs. J’ai exposé en manuel en calant l’expo du Nikkor sur celle du Summilux ce qui donne une image dense. En laissant faire le mode A, le Nikkor aurait sans aucun doute débouché l’expo très fort. On est là dans une affaire de goût, je préfère quant à moi des Jpgs denses qui me laisseront plus de liberté pour les « déboucher » sur PC plus tard. J’aime bien également appliquer le filtre D-lightning sur le Jpg directement depuis le D700 : on affiche la photo sur l’écran, on appuie sur OK et le menu retouche propose le D-lightning sur 3 niveaux. On valide sur OK et le nouveau jpg est enregistré. Pratique et souvent plus efficace qu’une retouche PC.